L'oie blanche du Poitou

L'oie blanche du Poitou

Photographie de Nathalie Hernandez

 

Histoire

Origines de l'oie blanche du Poitou

Selon la thèse vétérinaire de Pierre Metayer soutenue en 1934, l'oie blanche du Poitou descendrait de l'Oie d'Emden d'où certaines de leurs caractéristiques communes. Elle aurait été importée de Hollande entre le Xème et XIIème siècle. Le développement de cette race est devenu remarquable au début du XIXème siècle notamment grâce à l’exposition universelle de 1823 à Paris où « un rapport du jury central sur les produits de l’industrie française » signale « la préparation annuelle à Poitiers de 20 à 25 000 peaux d’oies apprêtées pour fourrures ». Il semble que l'oie blanche poitevine se soit adaptée à son nouvel environnement très calcaire. Cela aurait influencé sa couleur. De plus, le développement de l'industrie de la plume a continué d'influencer cette blancheur, en sélectionnant des individus toujours plus blanc...

Une industrie de la plume et de la peau d'oie duvetée

L'histoire de l'oie blanche est inévitablement liée à l'industrie de la plume et la mégisserie. Elles se développent dans la Vienne au XIXème et XXème siècles. A Poiters d’abord, puis à Châtellerault de manière intense. De grands marchés d'oies blanches avaient lieu dans la Vienne : à Gençay, Lusignan, Rouillé, Latillé, Saint-Savin, Vivonne, Mirebeau, Lencloître, mais encore à Châtellerault ou Chauvigny. La demande en plume était grande, bien sûr, à une époque où tout ce que nous garnissons aujourd'hui de matière synthétique l'était encore de plumes. On distingue deux industries différentes : l'industrie de la plume et l'industrie de la peau d'oie duvetée.

L'industrie de la plume seule, dans la gamme de ses 37 variétés, est orientée principalement sur la literie (édredon, couette, oreiller) mais aussi sur des secteurs aussi hétéroclites que les vêtements de montagne, la décoration de chapeaux, la fabrication de boas ou d’étoles, les plumeaux d’époussetage, la brosse du boulanger, les plumes à écrire, les cure-dents, les ailes d’ange pour le théâtre, les coiffes d’indiens ou les fleurs artificielles... A titre d’exemple, l’usine Castex/Agenos et Cie de Châtellerault - « Plumes et duvets en gros » (1840-1966) - mobilise jusqu’à 120 employés pour le ramassage des balles de plumes dans les campagnes et les opérations de traitement de la plume et le tri. Elle alimente des dépôts sur Paris, Lille, Lyon et Marseille et s'implante même au niveau international, établissant des liens commerciaux avec l’Allemagne, la Hollande, l’Angleterre, l’Egypte...

L’industrie de la peau d’oie duvetée quand à elle repose un fleuron de la mégisserie qui consiste à tanner la peau d’oie en ne gardant des plumes que le seul duvet. Il s'agit d'une technique aux opérations délicates : dépouillage (séparation peau-chair), plumage, séchage, écharnage, tannage, teinture... Pour  enfin aboutir à des bandes de duvets sur peaux souples que l'on appele aussi « bandes de cygne ». Des entreprises de pelleterie (art de préparer les peaux d’oie) font florès à Châtellerault : Dreneau (1903-1960), dynaste des Massonneau (de 1865 à 1990). Léon Baillargeau invente en 1923 un procédé de teinture indélébile pour les peaux d'oies duvetées. Elles peuvent ainsi être déclinées en pas moins de 150 nuances et lui vaudront deux grands prix internationaux : Londres en 1923 et à Barcelone en 1929.

Dans les années 1960, toutes ces industries sont brutalement mises à mal avec l’arrivée du synthétique. Elles ferment toutes sans exception. Inévitablement, le nombre d'élevages d'oies blanches du Poitou s'effondre. On comptait 12 000 individus en 1962 contre 71 oies en 2009.

 

La sauvegarde d'un patrimoine vivant local

 

L'ASOP oeuvre pour la conservation et la sauvegarde du patrimoine vivant local que constituent l'oie blanche du Poitou et sa cousine l'oie grise du marais Poitevin avec le CREGENE et le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin. Les efforts de sensbilisation et d'inventaire ont permis de constater depuis 2011 une remontée du nombre d'oies blanches poitevines :

 

 

Date

 

2011 2012 2013 2014 2015

 

Nombre d'individus

 

173 188 207 2018 409

 

Caractéristiques de l'oie blanche du Poitou

 

3 traits caractéristiques de l'oie blanche poitevine

L’oie blanche du Poitou se caractérise par trois traits :

Brouteuse, car elle se nourrit principalement d’herbe. En effet, 80% de sa nourriture en est constitué ce qui représente près d'un kilo par jour. D’où un élevage peu onéreux. Elle est grégaire car elle vit plutôt bien en compagnie ou en troupeau. Plumassière, car elle possède une variété de plumes impressionnante dont le fameux duvet appelé plumule que nous avons évoqué plus tôt.

Le standard de l'oie blanche du Poitou

Contrairement à l'oie grise du marais Poitevin, il existe un standard établi de l'oie blanche du Poitou.

Origine de l’oie blanche :
France, région du Poitou.

Présentation générale :
Oie plutôt courte dont le cou est relativement long. Race élevée à l’origine pour sa chair, ses plumes, son duvet et sa production de peaux d’oies commercialisées sous l’appellation  » peau de cygne  ».

Caractéristiques du jars :

 
Caractéristiques de l’oie blanche :
Mêmes caractéristiques que le jars en tenant compte des différences sexuelles. Chez l’oie en ponte, une légère panouille est tolérée, elle peut être plus développée chez les oies de 2 ans, sans toutefois toucher terre.

Défauts graves :
Sujet trop long ; corps étroit ; début de quille ; début de panouille chez le jars.

Variété :
blanc ; blanc pur

Quelques références

 

Voici une liste des ressources qui ont permis la rédaction de cet article. Certaines pourront vous permettre d'approfondir le sujet :

Le site du CREGEN, disponible à l'adresse : http://www.cregene.org/

La thèse de Pierre Métayer : Pierre Metayer, « L'oie blanche du Poitou » [texte imprimé], Thèse de doctorat en médecine vétérinaire, Toulouse, Université de Toulouse, 1934, 1 vol., (52 p.) 

La thèse d'Hélène Gironde : Helène Gironde, « L'oie du Poitou » [texte imprimé], Thèse de doctorat en médecine vétérinaire sous la direction de Bernard Denis, Nantes, Université de Nantes, 2002, 1 vol., (80 p.)